
Par Arnold Kamuanga
Je me pose une question simple : si un pays d’Europe ou d’Amérique était agressé par des groupes armés soutenus de l’extérieur, et que ses services de sécurité prenaient des mesures pour contenir cette menace, parlerait-on de “traque de politiciens” ou de “chasse aux opposants” ? Probablement pas. On parlerait de défense nationale.
En République démocratique du Congo, la situation est pourtant inversée. Un pays agressé depuis des années se retrouve régulièrement sommé de se justifier lorsqu’il tente de rétablir l’autorité de l’État. La guerre extérieure est ainsi progressivement requalifiée en crise politique intérieure, ce qui détourne l’attention de la vraie nature du conflit.
Cette confusion n’est pas seulement médiatique, elle est aussi stratégique. Elle ouvre la voie à un processus dangereux : la transformation progressive de groupes armés en acteurs politiques légitimes, par le biais de dialogues imposés, de négociations sous pression et d’arrangements institutionnels. La violence devient alors un moyen indirect d’accéder à la reconnaissance.
Pendant ce temps, les populations civiles continuent de payer le prix fort, tandis que les véritables moteurs du conflit économiques, géopolitiques et liés au contrôle des ressources, restent en grande partie en arrière-plan du débat public.
Cette manipulation de perception fragilise la cohésion nationale, divise l’opinion et installe l’idée selon laquelle l’État serait le principal problème, plutôt que la conséquence d’une agression prolongée. Or, aucun pays ne peut se reconstruire durablement si la défense de sa souveraineté est constamment présentée comme suspecte.
La paix ne peut pas naître de la confusion, ni de la légitimation progressive de la force armée comme outil politique. Elle exige une lecture honnête du conflit, la reconnaissance claire des responsabilités, et un soutien réel aux institutions chargées de protéger la population.
Tant que cette clarté fera défaut, la RDC restera prisonnière d’un récit qui affaiblit sa capacité à se défendre et à imposer une paix fondée sur la justice, et non sur la résignation.









