
Par Arnold Kamuanga
Il arrive des moments où la politique cesse d’être un jeu d’équilibres pour devenir une épreuve de vérité. Le passage de Jean Pierre Bemba Gombo à la tête du ministère de la Défense nationale restera comme l’un de ces moments. En osant poser la question du recyclage des officiers supérieurs, il a touché à un tabou : celui d’un système militaire et politique où l’impunité s’est institutionnalisée.
Dire que l’insécurité persistante en RDC est uniquement le fait des ennemis extérieurs relève de la facilité. La réalité est plus inconfortable. Une armée ne s’effondre pas seulement sous les balles de l’ennemi, mais aussi sous le poids de mauvais commandements, de complicités internes et de protections politiques. En exigeant la remise à niveau des officiers, Bemba ne faisait pas de la politique politicienne : il posait un acte de réforme structurelle.
C’est précisément là que le problème commence.
Le recyclage signifiait évaluer, responsabiliser, parfois écarter. Autrement dit, déranger des intérêts établis. Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que des forces hostiles à toute réforme réelle aient cherché à étouffer le processus. L’opinion publique s’interroge encore : comment expliquer que ceux que l’on accuse d’être des bourreaux sur le terrain continuent de bénéficier de solides protections dans les sphères politiques ? Comment expliquer que l’argent circule plus vite pour bloquer une réforme que pour soutenir les soldats au front ?
Le déplacement de Jean-Pierre Bemba de la Défense vers le portefeuille des Transports n’a pas dissipé ces interrogations. Bien au contraire. Pour beaucoup, ce changement a eu l’allure d’une neutralisation politique. Non pas parce qu’il aurait échoué, mais parce qu’il allait trop loin. Trop vite. Trop vrai.
Aujourd’hui, alors que l’insécurité persiste et que les mêmes dysfonctionnements sont dénoncés, une évidence s’impose : le problème n’était pas Bemba, le problème était ce qu’il dérangeait. Le recyclage des officiers n’était pas une attaque contre l’armée ; c’était une tentative de la sauver d’elle-même.
Un État sérieux ne peut combattre l’ennemi extérieur tout en protégeant ses faiblesses internes. Tant que les réformes toucheront les soldats sans jamais atteindre les réseaux politiques qui les couvrent, la RDC tournera en rond. L’histoire retiendra peut-être que Jean-Pierre Bemba avait raison. Mais elle jugera surtout ceux qui ont préféré sauver un système plutôt que sauver la nation.









