
Par Arnold Kamuanga
KINSHASA, 23 janvier 2026 – La gestion financière de l’OGEFREM est secouée par de graves accusations portant sur des décaissements irréguliers, dont deux millions de dollars sortis au titre de l’effort de guerre, en deux tranches de un million chacune, ainsi que 1,6 million de dollars imputés aux “fonds secrets de recherche”, alors que l’établissement n’y est pas légalement éligible. Selon plusieurs sources, la deuxième tranche destinée à l’effort de guerre aurait été utilisée pour le paiement des salaires sous l’intérim du directeur général adjoint. Ces révélations mettent en cause la chaîne de contrôle, notamment l’Inspection générale des finances (IGF) en mission permanente, et relancent le débat sur la nécessité d’une enquête judiciaire approfondie.
🌍 Éditorial | Quand le contrôle devient complice, qui répondra de l’argent public ?
La suspension du directeur général de l’OGEFREM ne saurait, à elle seule, solder un scandale qui met en cause bien plus qu’un individu. Car au-delà des responsabilités personnelles, une question centrale s’impose : où était l’équipe de l’Inspection générale des finances (IGF) déployée en mission permanente au sein de l’établissement ?
Présentée comme un dispositif de prévention et de dissuasion, cette mission permanente devait précisément empêcher les sorties irrégulières de fonds. Or, les faits aujourd’hui évoqués laissent penser soit à une complaisance coupable, soit à une complicité de fait. Dans les deux cas, la crédibilité même du mécanisme de contrôle est sérieusement entamée.
Présentée comme un dispositif de prévention et de dissuasion, cette mission permanente devait précisément empêcher les sorties irrégulières de fonds. Or, les faits aujourd’hui évoqués laissent penser soit à une complaisance coupable, soit à une complicité de fait. Dans les deux cas, la crédibilité même du mécanisme de contrôle est sérieusement entamée.
Plus préoccupant encore, 1,6 million de dollars auraient été décaissés au titre des “fonds secrets de recherche”, alors que l’OGEFREM n’est pas juridiquement éligible à ce mécanisme, ni au regard de la loi budgétaire, ni de son cadre légal de fonctionnement. Il ne s’agit donc pas d’un simple glissement administratif, mais d’une utilisation irrégulière de ressources publiques sous une rubrique manifestement inappropriée.
À cela s’ajoutent deux décaissements successifs d’un million de dollars chacun, soit un total de deux millions de dollars, imputés à l’effort de guerre. Or, selon plusieurs sources, la deuxième tranche aurait été utilisée pour le paiement des salaires sous l’intérim du directeur général adjoint, constituant ainsi un détournement de destination et une violation manifeste des règles de gestion des finances publiques.
Dans ce contexte, la responsabilité ne saurait s’arrêter au seul DG suspendu.Le DGA, qui a assuré l’intérim, n’a pas rompu avec les pratiques de son titulaire, tandis que la chaîne financière, de la direction comptable aux services de trésorerie, apparaît impliquée dans un système où aucun décaissement ne peut s’opérer sans validations multiples.
Et que dire du cabinet du ministre de tutelle, qui n’aurait opposé aucune réaction malgré la traçabilité de ces opérations ? Le silence administratif, dans un tel contexte, devient politiquement et juridiquement problématique.
Ce qui a filtré jusqu’ici ne serait que la surface d’un système de prédation bien enraciné. En interne, plusieurs témoignages décrivent des pratiques répétées, structurées et couvertes par une chaîne de validations complaisantes, sans lesquelles aucun dollar n’aurait pu être décaissé. Les faits pointent ainsi non pas vers des dérives individuelles, mais vers un mécanisme organisé, entretenu et protégé au cœur même de la gestion financière de l’établissement.
Dès lors, une suspension administrative ne suffit plus. Ce dossier appelle des poursuites judiciaires, un audit approfondi et indépendant, ainsi qu’une mise en cause claire de tous ceux qui ont validé, facilité ou couvert ces opérations.
Sans poursuites judiciaires contre toute la chaîne des responsabilités, la suspension du DG ne restera qu’un geste symbolique sans portée réelle.








